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Jérémie Beyou : retour sur une odyssée de 78 jours

24 janvier 2017

Parti le 6 novembre des Sables d’Olonne parmi les 29 skippers inscrits à cette édition 2016-2017 du Vendée Globe, Jérémie Beyou a pris la troisième place après 78 jours 6 heures 38 minutes et 40 secondes. Retour sur le parcours du skipper de Maître CoQ, terminé en apothéose.

6 novembre, top départ !

L’émotion est intense ce dimanche 6 novembre quand Jérémie Beyou débarque à 10h sur le ponton de Port Olona. « On a beau être prévenu, l’émotion revient à chaque, fois, il ne faut pas essayer de lutter contre ça », avait-il prévenu la veille. Les étreintes avec les nombreux proches et salariés de Maître CoQ venus lui témoigner leur affection sont poignantes, un dernier salut de la main et le Finistérien s’élance dans le chenal où se sont rassemblés plusieurs centaines de milliers de spectateurs. A 13h02, c’est sous grand-voile haute et J1 à l’avant (grande voile de reaching) qu’il prend la direction du large, dans une brise de 14 nœuds de nord. Un départ parfaitement maîtrisé au milieu des très nombreuses embarcations de toutes sortes (14 000 personnes !) venues sur l’eau accompagner les 29 marins. L’aventure commence…

16 novembre, dans le sud sans pilotes

Comme prévu, la descente de l’Atlantique Nord a été particulièrement rapide pour le peloton de tête dont fait partie Jérémie qui attaque cependant le Pot-au-noir handicapé par des problèmes de pilotes automatiques. « J’ai eu des soucis avec mes deux premiers pilotes quasiment depuis le départ des Sables d’Olonne, ils se sont aggravés durant le passage du Pot-au-noir. J’utilise maintenant un troisième pilote sommaire qui me permet de passer du temps à essayer des modes de réparation. Le reste du temps est passé à la barre », confie le skipper au moment de basculer dans l’hémisphère Sud en sixième position après 9 jours 16 heures et 49 minutes de mer.

23 novembre, « une nouvelle course » commence

Après de belles glissades le long du Brésil – journées entre 450 et 500 milles en 24 heures, pointes à 30 nœuds -, Jérémie Beyou, s’il a pu trouver une solution pour réinitialiser ses pilotes automatiques, se retrouve confronté peu avant son entrée dans le Grand Sud à un problème de taille : ses antennes Fleet, qui lui permettent de se connecter à Internet et donc de recevoir les infos météo, ne fonctionnent plus, l’obligeant à utiliser son Iridium pour récupérer un ou deux fichiers par jour. Le moral est atteint pour le marin breton qui a en outre appris l’abandon de son ami Vincent Riou suite à une collision avec un OFNI. « Ça m’a forcément touché. Il y a tellement d’engagement sur cette course, tu vas au bout de toi-même, que quand ça s’arrête brutalement comme ça, c’est terrible. Je suis vraiment triste pour lui. » Et de poursuivre, à propos de « la nouvelle course » qui commence pour lui, désormais contraint de naviguer avec un minimum d’infos météo : « J’avance jour par jour. Cette course, je peux vous dire que j’ai envie de la finir, je ne veux pas tourner à gauche, je me battrai jusqu’au bout, j’ai encore de l’énergie. »

27 novembre, régate au contact dans le Grand Sud 

Après vingt jours et demi de course, Jérémie Beyou attaque l’océan Indien à vive allure, porté par une bonne dépression qui lui permet d’enchaîner des journées à 450 milles. Le skipper de Maître CoQ livre une course dans la course à Paul Meilhat, les deux marins évoluant à quelques milles l’un de l’autre au point de régulièrement converser à la VHF. Une proximité qui est plutôt utile au Finistérien pour mesurer la pertinence de ses choix météo. « Je passe beaucoup de temps à la table à cartes à faire des suppositions et des schémas, confie-t-il alors. J’ai des infos succinctes, je ne vois pas trop ce qui se passe devant, j’ai du mal à me projeter plus loin que 24 ou 36 heures, c’est difficile pour moi d’anticiper. C’est plus de la navigation à l’observation, je regarde aussi la trajectoire de Paul qui est à côté. »

3 décembre : après le hook, la grand-voile !

Alors qu’il navigue en plein milieu de l’océan Indien, Jérémie Beyou enchaîne les pépins : c’est d’abord le hook de son gennaker (grande voile d’avant utilisée au portant) qui se retrouve bloqué en tête de mât, l’empêchant de l’affaler – il réussira finalement après plusieurs essais infructueux à le débloquer, ce qui lui évitera une périlleuse ascension dans le mât -, c’est ensuite la grand-voile qui tombe soudainement sur le pont, encore à cause d’un problème de hook, l’obligeant à mettre la course entre parenthèses le temps de le remplacer (il passera ensuite pas mal de temps à réparer les déchirures dans la grand-voile occasionnées par la chute). « Ces avaries sont derrière moi, je croise les doigts, confie-t-il quelques jours plus tard au moment de franchir le Cap Leeuwin après 32 jours de mer. Mais quand mon hook de grand-voile a cassé, j’ai failli baisser les bras. Il faisait nuit noire, dans des creux de 5 mètres, pendant quelques heures, j’ai eu du mal à redémarrer, je me disais que je n’arriverais pas à réparer. Après, je ne sais pas où j’ai été chercher ça, mais j’ai réussi à le faire. Je me dis que chaque journée passée est une journée gagnée, j’essaie d’avancer comme ça, sans me projeter plus loin. »

12 décembre : A l’assaut du désert Pacifique

35 jours après avoir quitté les Sables d’Olonne, Jérémie Beyou, quatrième, entre dans le Pacifique, toujours à la lutte avec Paul Meilhat. Une entame musclée avec 40-50 nœuds de vent de travers et une mer croisée, le tout dans un décor de fin du monde qui n’entame pas le moral du skipper, content de disposer d’un « bateau en état de marche » et décidé à le ménager : « Je prends du plaisir dans les petites choses, comme faire de belles manœuvres. Et à chaque fois que j’arrive à me connecter à Internet, c’est la fête ! J’ai trouvé ma cadence, je fais ma course, sans trop regarder ce que font les autres, j’ai envie de sortir du Pacifique pas plus amoché que je n’y suis rentré. »

16 décembre : Jérémie Beyou passe troisième

Après avoir fait le dos rond dans la grosse dépression d’entrée de Pacifique, Jérémie Beyou s’empare de la troisième place (qu’il ne quittera plus), son duel avec Paul Meilhat prenant fin suite à l’avarie de quille rencontrée par ce dernier, contraint de mettre le cap sur Tahiti. Les ateliers bricolage se poursuivent sur Maître CoQ : fuites de puits de foil et de ballast à colmater, déchirures dans la grand-voile à réparer, le tout dans des conditions assez dantesques, les grosses dépressions s’enchaînant dans le Pacifique… « Allez, ne rien lâcher, malgré tout, on avance toujours », lâche-t-il à son équipe…

Après Noël, c’est le Cap Horn !

Il est 14h44 (heure française) ce mardi 27 décembre lorsque Jérémie Beyou franchit pour la première fois de sa carrière le mythique Cap Horn, après 51 jours 1 heure et 42 minutes de mer. Soit le troisième chrono de tous les temps en solitaire sur un monocoque, derrière ceux réalisés par les deux skippers qui le devancent au classement de ce Vendée Globe, Armel Le Cléac’h et Alex Thomson. Un beau cadeau de Noël après l’heure pour le marin qui devient alors cap-hornier à 40 ans. « J’ai pris beaucoup de départs de tours du monde, entre le Vendée Globe, le Trophée Jules-Verne et la Barcelona World Race, à chaque fois, je n’ai pas réussi à passer le Cap Horn, donc il est temps ! Je suis content de sortir de cette zone compliquée, il est temps de changer de coin, parce que ce n’est pas le plus sympa », commente-t-il, avant de se projeter aussitôt vers la suite du programme : « La course va reprendre ses droits, le jeu va se rouvrir, il va falloir s’engager au maximum pendant ces dernières semaines. »

11 janvier : la tête de nouveau à l’endroit

Deux semaines après avoir passé le Cap Horn et 65 jours, 1 heure et 27 minutes après avoir quitté les Sables d’Olonne, Jérémie Beyou fait son retour dans l’hémisphère Nord, solidement campé à la troisième place qu’il occupe depuis près d’un mois. La remontée de l’Atlantique Sud est parfaitement maîtrisée par le Finistérien qui file à vive allure (Jérémie reprend près de 800 milles au leader entre le Cap Horn et l’Equateur !). Le Pot-au-noir puis l’Atlantique Nord, en revanche, sont plus compliqués : « J’ai passé cinq jours dans des orages, des nuages qui bourgeonnaient dans tous les sens, de grosses masses pluvieuses, c’était juste n’importe quoi ce Pot-au-Noir !, confiera-t-il. J’ai laissé un paquet de plumes dans l’histoire. Je n’aurai été servi ni à l’aller ni au retour. » A ce stade de la course, les jeux au classement sont faits : sauf avarie, les deux de devant ne sont plus à la portée du skipper de Maître CoQ qui n’a pas non plus à s’inquiéter d’un éventuel retour derrière lui du trio Dick-Eliès-Le Cam qu’il a mis loin derrière.

20 janvier : « Des images dans la tête »

Armel Le Cléac’h a coupé la ligne d’arrivée en vainqueur la veille, Alex Thomson le vendredi matin, Jérémie Beyou est le prochain skipper attendu aux Sables d’Olonne. S’il essaie de rester concentré sur la bonne marche et l’entretien de son bateau, le capitaine de Maître CoQ ne cache pas qu’il commence à penser à l’accueil qui l’attend… « Ça chamboule un peu partout dans la tête ! Tu as beau essayer de t’en empêcher, tu penses forcément à l’arrivée et tu commences à avoir des images dans la tête. » De belles images, forcément…

23 janvier : Sur le podium !

Au terme de trois derniers jours à naviguer sans vent, Jérémie Beyou franchit la ligne d’arrivée du Vendée Globe en troisième position le lundi 23 janvier à 19h 40min 40sec après 78 jours 6h 38min et 40sec de mer, à la vitesse moyenne réelle de 14,43 nœuds (27 101 milles parcourus). Ses premiers sentiments avant d’aller embouquer le chenal des Sables où l’attend ses supporters de Maître CoQ et d’ailleurs venus nombreux et enthousiastes. « De l’euphorie, de l’adrénaline, du plaisir, quelque chose d’énorme et ce n’est pas fini ! Maintenant, je vais me laisser porter, lâcher prise, parce que j’en ai besoin ! » Sa première nuit de terrien s’annonce aussi longue que festive !

 

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