Se préoccuper du bien-être animal ? Le futur des élevages de volailles

Sous la pression d’un consommateur toujours plus exigeant, une réflexion ambitieuse s’est engagée sur la prise en compte du bien-être des animaux d’élevage. Depuis quelques années, les entreprises du secteur souscrivent, d’une part, à la règlementation en vigueur, et d’autre part, adoptent des démarches innovantes en la matière.

Le bien-être animal au cœur des préoccupations de la société

92 % des Français considèrent le bien-être animal comme un thème important, selon un sondage IFOP de 2019, parmi lesquels les plus concernés sont les jeunes de 18 à 24 ans. 79 % des personnes interrogées estiment qu’améliorer le bien-être des poules et des poulets est une priorité. 51 % des Français sont prêts à réduire leur consommation de viande.

Il semble urgent pour les éleveurs de volailles de prendre la mesure de l’évolution de la demande sociale afin d’assurer la pérennité de la filière. Car cette demande sociale a bien changé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. À cette époque, l’accès généralisé à une viande bon marché pour les budgets modestes était privilégié, et les recherches zootechniques et vétérinaires s’orientaient vers l’intensification de l’élevage. Depuis la fin des années quatre-vingt-dix, la préoccupation pour une alimentation de qualité et une production agricole soucieuse de l’environnement et du bien-être animal prend le dessus. Dans une étude menée par l’INRA dès 1997, 80 % des interrogés déclaraient être prêts à dépenser plus pour une viande de qualité (Veissier I. et A. Boissy, 2002).

Face à ce constat, le chemin à parcourir est encore long, car le bien-être est un concept multidimensionnel, compliqué à mettre en œuvre ; cependant, les autorités européennes et françaises sont bien décidées à se saisir du thème. Et les principaux acteurs de la filière volaille sont prêts à adopter une feuille de route ambitieuse pour l’horizon 2025.

Le bien-être animal, une conception multidimensionnelle

L’approche philosophique de la question du bien-être en général et du bien-être des animaux en particulier est ancienne. Une large tradition philosophique s’accorde à attribuer aux animaux une sensibilité qui, dans une optique utilitariste, s’entend comme une injonction à se préoccuper de leur bien-être (avis n°7 du comité d’éthique sur le bien-être des animaux d’élevage).

Les scientifiques, issus de plusieurs disciplines, qui travaillent sur l’éthique des formes d’élevage industriel, s’accordent sur trois types de définitions du bien-être animal (Larrère R., 2007) :

Le bien-être est conçu comme une absence de souffrance. Le bien-être animal dans cette perspective est considéré comme atteint dans la mesure où la mortalité, la morbidité ou les traumatismes sont absents.

Le bien-être animal est une absence de souffrance, mais la capacité de l’animal à s’adapter aux contraintes qui lui sont imposées entre en ligne de compte. Les chercheurs privilégient alors l’étude des causes de stress des animaux d’élevage, sans toutefois remettre en cause les conditions d’élevage.

Le bien-être est l’état que les animaux atteignent lorsqu’ils peuvent exprimer les comportements naturels de leur espèce. Dans cette dernière optique, les élevages doivent s’adapter aux comportements naturels des animaux.

Si la philosophie aborde depuis longtemps la question du bien-être, il faut cependant attendre 1964 pour qu’un tournant dans la règlementation des élevages s’amorce (Production animale, 2018).

Le bien-être animal, un encadrement légal

Cette année-là, en Grande-Bretagne, Ruth Harrison publie un ouvrage qui fait date, Animal Machines. À la suite de cette parution, le Comité Brambell, au Royaume-Uni, se réunit et commandite un rapport sur les conditions d’élevage. En 1976, le Conseil de l’Europe organise une Convention européenne sur la protection des animaux dans les élevages.

Au niveau international, l’Office international des épizooties (OIE), depuis 1924, siège à Paris. En 2002, son mandat s’élargit à la protection des animaux. En 2003, il est renommé l’Organisme mondial de la santé animale. Du côté français, c’est en 2010 que l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) regroupe les questions liées aux à l’activité vétérinaire et à l’alimentation. Elle devient en 2019 un Centre européen de référence pour le bien-être animal et propose une définition du bien-être animal, synthèse de différentes pistes de réflexion : « Le bien-être d’un animal est l’état mental et physique positif lié à la satisfaction de ses besoins physiologiques et comportementaux, ainsi que de ses attentes. Cet état varie en fonction de la perception de la situation par l’animal. » (ANSES, 2018) Ainsi, au-delà de l’absence de souffrance et de stress des animaux, cette définition insiste sur la perception de l’animal quant à sa condition.

Aux grandes conceptions et références discutées dans les grands organismes internationaux, succèdent les règlementations. L’Union européenne adopte des directives qui sont ensuite transposées dans les droits nationaux. C’est le cas de la directive européenne 98/58 relative à la protection des animaux d’élevage qui établit que pour tous les animaux, les possesseurs adoptent des mesures pour garantir leur bien-être ; ces mesures concernent le personnel chargé des animaux, les inspections, la tenue de registre, la liberté de mouvement, les locaux et bâtiments de stabulation, l’équipement, la nourriture, les mutilations, les méthodes d’élevage. Cette directive est transposée en France par un arrêté qui modifie celui de 1982 relatif à l’élevage, la garde et la détention des animaux. L’Union européenne complète cet arsenal général par des directives spécifiques pour chaque animal d’élevage. Comme celle relative aux poules pondeuses (99/74), complétée par la directive (2002/4), qui sera transposée en droit français par un décret de 2003.

Les grands acteurs de l’élevage européens et français sont ainsi poussés à adapter leurs pratiques aux nouvelles normes, mais aussi à prendre des initiatives innovantes.

Le bien-être animal au cœur de la démarche qualité de la filière volaille

À partir de la décennie 2000, les professionnels de l’élevage s’organisent pour réfléchir au bien-être animal. En 2007, le Business Food regroupe les grandes entreprises et les principales ONG impliquées dans le secteur. Le BBFAW repère les progrès du bien-être animal dans les élevages, depuis 2012, grâce à un classement annuel des entreprises les plus engagées. D’après le rapport 2020, 60 % des plus grandes compagnies de l’agroalimentaire montrent qu’elles ont adopté des mesures pour garantir le bien-être des animaux. Le constat est sans appel : chaque année, depuis que le classement paraît, elles sont plus nombreuses à faire un effort pour prendre en compte le bien-être animal.

L’entreprise Maître CoQ a également tissé depuis ses origines une relation forte avec le monde agricole et s’engage sur le long terme aux côtés des éleveurs, pour mieux élever, autour de de 3 axes : accompagner et protéger  les revenus des éleveurs, des conditions de vis toujours plus respectueuses des animaux et des volailles toujours mieux nourries. Ce travail s’inscrit dans le plan de progrès Inspiré pour Demain lancé en janvier 2020 et est basé sur les piliers suivants : mieux élever, mieux nourrir, mieux préserver et mieux vivre ensemble. Au-delà de l’application stricte de la règlementation en vigueur, le groupe LDC cherche à mettre en œuvre des pratiques innovantes afin de répondre à la demande sociale. Fort de son expérience dans le domaine des volailles labellisées de qualité, le groupe a l’ambition, depuis 2017, d’engager les éleveurs affiliés à souscrire au contrat « Nature d’éleveurs en Terres de France » et à respecter les exigences d’une charte de pratiques, auditées régulièrement. 63 % des partenaires de LDC sont d’ores et déjà référencés dans une démarche de qualité, bio, Label rouge ou Nature éleveurs. Le groupe s’engage à atteindre 100 % en 2025. Une feuille de route ambitieuse pour continuer à améliorer les conditions des animaux.

 

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