Élevage de poulets intensif : chassons les idées fausses

Malgré le succès grandissant des modes d’élevage alternatifs en France, environ 80% des volailles de chair grandissent dans des élevages qualifiés d’“intensifs”… Mais que se cache-t-il vraiment derrière ces élevages qui cristallisent beaucoup de préjugés ? Voici un article pour mieux comprendre ce qu’est ce type d’élevage, et comment il évolue pour s’adapter aux attentes d’aujourd’hui… tout en continuant à répondre à une forte demande !
Les Français consomment 28 kilos de volailles par an et près de 20% sont sous signe officiel de qualité ou d’origine (Label Rouge, label AB, IGP, AOP) ou issu d’élevages certifiés sortant à l’extérieur. Une part croissante de poulets sont également élevés en France pour répondre à des cahiers des charges qui vont au-delà de la réglementation, en matière d’espace disponible pour les animaux, de qualité de l’alimentation, ou bien encore d’aménagements des poulaillers avec lumière naturelle, perchoirs, substrats à picorer… Se développe également l’élevage de poulets répondant aux critères de l’European Chicken Commitment. S’il est encore trop tôt pour en connaître la part exacte de la consommation en 2021, ces nouveaux modes d’élevage se déploient rapidement, et on peut estimer que les autres poulets qui sont élevés de façon “conventionnelle”, c’est-à-dire selon les techniques de l’élevage intensif représentent près de 70% de la production française. Apparu dans notre pays au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale pour répondre à la pénurie, et à une demande très nettement supérieure à l’offre, ce mode d’élevage est pratiqué dans le respect de règles strictes pour proposer des poulets français accessibles et de qualité.

Des impacts environnementaux maîtrisés

Tout au long des années soixante, lors de la “Révolution verte” qui voit augmenter fortement la productivité des cultures partout en Europe, les filières d’élevage se mettent à appliquer des méthodes rationalisant la production de viandes, volailles, lait et œufs. On commence à élever les animaux dans de grands bâtiments, avec une alimentation standardisée, ce qui permet de produire des quantités importantes avec un coût de revient plus faible, et de démocratiser l’accès à ces aliments. On reproche souvent à ce type d’élevage d’être plus polluant que l’élevage extensif. Il faut pourtant savoir que la législation française a classé tous les élevages pour la protection de l’environnement (ICPE) : sont considérées comme intensives ceux qui totalisent plus de 40 000 emplacements pour les volailles élevées en poulaillers pour leur reproduction ou pour la production de viande et d’œufs. Elles sont toutes soumises à autorisations préfectorales, qui imposent à l’exploitant des prescriptions techniques visant à limiter les impacts environnementaux et sanitaires.

Un outil de démocratisation

Aujourd’hui, si plus de 70% des poulets sont issus d’élevages conventionnels, c’est d’abord… parce que plus de 70% des consommateurs veulent des poulets conventionnels ! Ce sont ces poulets qui permettent aux Français de pouvoir très largement accéder à une source de protéines saine, sûre et de bonne qualité nutritionnelle, produites dans le respect des exigeantes réglementations européennes. Pourtant, le poulet dit « industriel » a mauvaise presse, et les Français le désapprouvent… en théorie : selon un sondage de l’institut français d’opinion publique (IFOP) de 2018, 91% d’entre eux ne sont pas favorables à l’élevage intensif. Cependant, comme le souligne le ministère de l’Agriculture dans un rapport remis au Sénat, ils continuent majoritairement d’en acheter ! Ce qui prouve que ce mode d’élevage répond à un vrai besoin. « La filière française est confrontée à une demande de prix bas sur la viande de poulet, impliquant une production à faible coût », souligne le ministère dans une note publiée dans le Journal Officiel Sénat du 26/03/2020.
En maintenant ce type d’élevage, la France peut aussi limiter les importations massives de volaille, pour tenter de préserver son autonomie alimentaire, très attaquée dans le secteur de la restauration hors domicile : ce secteur importe actuellement 90% du poulet de chair utilisé, du fait d’un déficit de compétitivité ! Autrement dit, quand le poulet coûte trop cher en France…on l’importe d’autres pays qui le produisent de façon au moins aussi intensive, mais pas forcément dans les mêmes conditions !

La “batterie”, un mythe qui perdure !

L’élevage “en batterie” pour les poulets de chair français, cela n’existe pas : ils sont tous élevés au sol dans des poulaillers.
Les normes européennes se doublent en France des critères d’exigence retenus par l’interprofession volaille de chair, qui a été créée début 2018 pour atteindre les objectifs de son Pacte Ambition 2025. Elle s’est donnée pour but de reprendre des parts de marché tout en augmentant la qualité des produits et le bien-être animal. Elle a donc entrepris de moderniser tous les bâtiments d’élevage et abattoirs, afin de réduire encore les coûts de production tout en améliorant le confort des volailles. Dans ces élevages, les volailles sont élevées sans accès extérieur, mais cela ne signifie pas qu’elles sont entassées sans précaution dans des cages. Les volailles peuvent en effet se déplacer comme elles le souhaitent dans les bâtiments, bien chauffés, éclairés, ventilés ; la durée de la lumière artificielle est obligatoirement limitée à dix-huit heures par jour, afin de préserver leur besoin en obscurité nocturne. Elles se nourrissent et boivent selon leurs besoins : les aliments et l’eau sont laissés à libre disposition.

Le poulet aux hormones, ça n’existe pas !

A l’encontre d’une autre idée fausse, qui voudrait que les poulets élevés sans accès extérieur soient mal nourris, tous mangent des végétaux complémentés en vitamines et minéraux, dont des céréales sélectionnées (blé, maïs, orge…). Depuis novembre 2000, les farines animales sont totalement interdites dans l’alimentation des volailles, quel que soit leur mode d’élevage. L’alimentation est élaborée par des nutritionnistes, en fonction de l’âge et des besoins de chaque volaille. Certaines marques ont des critères d’exigence supplémentaires : les éleveurs partenaires de Maître CoQ, par exemple, nourrissent leurs animaux avec des céréales entières 100% françaises, et mélangées à des oléo-protéagineux (colza, tournesol, pois, soja…) des vitamines et minéraux. De nombreux éleveurs s’engagent également à suivre la charte élaborée par l’association Bleu Blanc Cœur, à laquelle adhèrent beaucoup de grandes marques et de distributeurs, pour améliorer le bien-être animal et la qualité nutritionnelle – par exemple en supplémentant en graines de lin l’alimentation des volailles : le poulet qui en mange assimile les Omega3, bénéfiques pour la santé des consommateurs. C’est le cas de la gamme poulet nourri aux graines de lin. Quant aux médicaments, même en élevage conventionnel, c’est d’abord la prévention qui est privilégiée : nombre d’éleveurs cherchent à garder leurs volailles en bonne santé grâce à une alimentation adaptée, l’apport de vitamines, l’apport de de produits naturels tels que les extraits végétaux ou les pro-biotiques. Aucun éleveur ne peut de lui-même donner des antibiotiques à ses volailles : seuls les vétérinaires peuvent les prescrire, et ils sont utilisés après diagnostic approfondi, dans un cadre très réglementé. Utilisés comme traitement uniquement lorsque les poulets sont malades, ils sont une solution de dernier recours pour rétablir la santé et le bien-être. Grâce aux efforts réalisés par la filière française depuis la mise en place du plan Ecoantibio de lutte contre l’antibiorésistance en 2011, la baisse d’exposition aux antibiotiques est de 60,5 % en volaille (source ANSES 2021).
Un programme vaccinal, adapté à chaque espèce en prévention des principales maladies virales est également mis en œuvre… Quant aux hormones de croissance et aux antibiotiques facteurs de croissance dans l’aliment, ils sont totalement prohibés en Europe !

Des contrôleurs qualité veillent au strict respect des cahiers des charges

Quelle que soit les modes d’élevage, l’abattage est maîtrisé et des contrôleurs qualité veillent au strict respect des cahiers des charges en élevage et à l’abattoir. Tous les éleveurs sont accompagnés par un technicien d’élevage spécialisé en volailles, et un vétérinaire référent, agréé par l’état, qui visite régulièrement leurs installations et établit chaque année un bilan sanitaire de l’élevage.
Malgré les idées préconçues, la qualité est au rendez-vous dans les élevages ; et si on ne peut que se féliciter de la progression de l’élevage extensif en France – première en Europe et même dans le monde pour son nombre d’élevages avec accès à des parcours extérieurs (près de 20% en France contre moins de 2% dans le reste du monde) – cela ne doit pas empêcher la co-existence avec l’élevage conventionnel français, qui préserve le large accès à tous à des sources de protéines animales saines, diversifiées et économiques, et qui préserve la souveraineté alimentaire de la France face aux poulets importés.