Élevage de poulets intensif : chassons les idées fausses

Malgré le succès grandissant des modes d’élevage alternatifs, 83% des volailles de chair et 58% des poules pondeuses* grandissent encore dans des structures “intensives”… Mais que se cache-t-il vraiment derrière ces élevages intensifs qui cristallisent beaucoup de préjugés ? Reportage pour mieux comprendre ce qu’est ce type d’élevage, et comment il évolue pour s’adapter aux attentes d’aujourd’hui… tout en continuant à répondre à une forte demande !

Les Français consomment 28 kilos de volailles par an et seulement 10% sont sous signe officiel de qualité ou d’origine (Label Rouge, label AB, IGP, AOP). Les autres sont élevées de façon “standard”, c’est-à-dire selon les techniques de l’élevage intensif, qui est apparu dans notre pays au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Il s’agissait alors de répondre à la pénurie, et à une demande très nettement supérieure à l’offre.

Des impacts environnementaux maîtrisés

Tout au long des années soixante, lors de la “Révolution verte” qui voit augmenter fortement la productivité des cultures partout en Europe, les filières d’élevage se mettent à appliquer des méthodes industrielles rationalisant la production de viandes, volailles, lait et œufs. On commence à élever les animaux en confinement dans de grands bâtiments, avec une alimentation standardisée et des durées de croissance raccourcies, ce qui permet de produire des quantités de plus en plus importantes avec un coût de revient de plus en plus faible, et de démocratiser l’accès à ces aliments. On reproche souvent à ce type d’élevage d’être plus polluant que l’élevage extensif. Il faut pourtant savoir que la législation française a classé tous les élevages pour la protection de l’environnement (ICPE) : sont considérées comme intensives ceux qui totalisent plus de 40 000 emplacements pour les volailles élevées en confinement pour leur reproduction ou pour la production de vente et d’œufs. Elles sont toutes soumises à autorisations préfectorales, qui imposent à l’exploitant des prescriptions techniques visant à limiter les impacts environnementaux et sanitaires.

Un outil de démocratisation

Aujourd’hui, si plus de 80% des poulets sont issus d’élevage standard, c’est d’abord… parce que plus de 80% des consommateurs veulent des poulets standard ! Ce sont eux qui permettent aux Français de pouvoir très largement accéder à une source de protéines de bonne qualité nutritionnelle, produites localement, dans le respect d’une réglementation européenne et française saine et sûre. Pourtant, le poulet industriel a mauvaise presse, et les Français le désapprouvent… en théorie : selon un sondage de l’institut français d’opinion publique (IFOP) de 2018, 91 % d’entre eux ne sont pas favorables à l’élevage intensif. Cependant, comme le souligne le ministère de l’Agriculture dans un rapport remis au Sénat, ils continuent majoritairement d’en acheter ! Ce qui prouve que ce mode d’élevage répond à un vrai besoin. « La filière française est confrontée à une demande de prix bas sur la viande de poulet, impliquant une production à faible coût », souligne le ministère dans une note publiée dans le Journal Officiel Sénat du 26/03/2020.

En maintenant ce type d’élevage, la France peut aussi limiter les importations massives de volaille, pour tenter de préserver son autonomie alimentaire, très attaquée dans le secteur de la restauration hors domicile : ce secteur importe actuellement 90% du poulet de chair utilisé, du fait d’un déficit de compétitivité ! Autrement dit, quand le poulet coûte trop cher en France…on l’importe d’autres pays qui le produisent de façon tout aussi intensive, mais pas forcément dans les mêmes conditions !

La “batterie”, un mythe qui perdure !

Car les normes européennes se doublent en France des critères d’exigence retenus par l’interprofession volaille de chair, qui a été créée début 2018 pour atteindre les objectifs de son Pacte Ambition 2025. Elle s’est donnée pour but de reprendre des parts de marché tout en augmentant la qualité des produits et le bien-être animal. Elle a donc entrepris de moderniser tous les bâtiments d’élevage et abattoirs, afin de réduire encore les coûts de production sans sacrifier au confort des volailles. Actuellement, ces élevages comportent au maximum 40 000 poulets ou 15 000 dindes ou 30 000 pintades ou canards, sur deux bâtiments en moyenne, pour 2 000 m² de surface totale. Certes, les volailles sont élevées sans accès extérieur, mais cela ne signifie pas qu’elles soient entassées sans précaution dans des cages, comme le croit trop souvent l’opinion publique, manipulée par les activistes des droits animaux… qui n’hésitent pas à déformer la réalité pour servir leur cause ! Les volailles peuvent en effet se déplacer librement dans les bâtiments, bien chauffés, éclairés, ventilés ; la durée de la lumière artificielle est obligatoirement limitée à dix-huit heures par jour, afin de préserver leur besoin en obscurité nocturne. Elles se nourrissent et boivent selon leurs besoins : les aliments et l’eau sont laissés à libre disposition. L’élevage “en batterie”, cela n’existe plus : désormais toutes les volailles de chair françaises sont élevées au sol.

Des cages en voie de disparition

En ce qui concerne les poules pondeuses, les cages se sont agrandies… et raréfiées : leur disparition est programmée par l’article 13 de la loi sur l’agriculture et l’alimentation votée en 2018, qui les interdit dans les nouvelles installations. En outre, les éleveurs de cette filière ont investi près d’un milliard d’euros pour mieux aménager celles qui existent déjà et augmenter leur surface d’élevage de près de 40%. Seuls les œufs standard de code 3 sont encore issus de pondeuses élevées en cages, mais elles disposent désormais de perchoirs et de nids, ce qui correspond mieux à leurs besoins comportementaux. Leurs nouveaux hébergements sont limités à des groupes de 20 à 60, répondant à de nouvelles normes européennes en vigueur depuis janvier 2012, et devraient être encore mieux aménagés d’ici 2022. Quant aux œufs standard de code 2, ils correspondent à des poules pondeuses élevées au sol : elles n’ont pas d’accès à l’extérieur, mais cela ne signifie pas qu’elles soient privées de liberté. Elles aussi évoluent à leur guise à l’intérieur d’un grand bâtiment et disposent d’un minimum de 750 cm² chacune, pouvant ainsi circuler par bandes de 20 à 60 poules sur plusieurs m².

Le poulet aux hormones, ça n’existe plus !

A l’encontre d’une autre idée fausse, qui voudrait que les poulets élevés sans accès extérieur soient moins bien nourris, tous mangent exclusivement des végétaux complémentés en vitamines et minéraux, dont des céréales sélectionnées (blé, maïs, orge…) Depuis novembre 2000, les farines animales sont totalement interdites dans l’alimentation des volailles, quel que soit leur mode d’élevage. L’alimentation est élaborée par des nutritionnistes, en fonction de l’âge et des besoins de chaque volaille. Certaines marques ont des critères d’exigence supplémentaires : les éleveurs partenaires de Maître Coq, par exemple, nourrissent leurs animaux avec des céréales 100% françaises, et mélangées à des oléo-protéagineux (colza, tournesol, pois, soja…) des vitamines et minéraux. De nombreux éleveurs s’engagent également à suivre la charte élaborée par l’association Bleu Blanc Cœur, à laquelle adhèrent beaucoup de grandes marques et de distributeurs, pour améliorer le bien-être animal et la qualité nutritionnelle – par exemple en supplémentant en graines de lin l’alimentation des volailles : le poulet qui en mange aura une viande plus riche en Omega3, très bénéfique pour la santé des consommateurs. Quant aux médicaments, même en élevage standard, c’est d’abord la prévention qui est privilégiée : nombre d’éleveurs cherchent à garder leurs volailles en bonne santé grâce à une alimentation adaptée, l’apport de vitamines, de produits naturels tels que les extraits végétaux ou les pro-biotiques. Aucun éleveur ne peut de lui-même donner des antibiotiques à ses volailles : seuls les vétérinaires peuvent les prescrire, et ils sont utilisés en dernier recours, après diagnostic approfondi, dans un cadre très réglementé. Même chose pour le programme vaccinal, adapté à chaque espèce en prévention des principales maladies… Quant aux hormones de croissance, elles sont totalement prohibées, depuis déjà des décennies !

La filière développe l’élevage alternatif

Parallèlement à cette recherche continue d’excellence, la filière développe l’élevage alternatif, au succès grandissant,: en 2018, plus de 2 poules pondeuses sur 5 étaient en élevage alternatif (42,2 %), soit plus de 2 fois plus qu’en 2008 (19 %). Aujourd’hui, les poules pondeuses élevées en cages ne représentent plus que 47% de la production française.*

Ce succès n’est pourtant pas une concurrence… mais une stimulation. L’alternatif pousse le standard vers le haut ! Face à cette demande croissante des consommateurs, les éleveurs sont tous incités à se dépasser pour gagner en qualité, en garanties de bien-être animal, de respect de l’environnement, de qualité nutritionnelle. La filière s’est d’ailleurs dotée d’un Code des bonnes pratiques des produits à base de volailles, fruit d’une large concertation entre la DGCCRF et les professionnels.

Certes, la durée d’élevage des poulets est plus courte que ceux élevés en élevages extensifs : 5 à 6 semaines pour les poulets standard pour lesquels on choisit des races à croissance rapide.

Des contrôleurs qualités veillent au strict respect des cahiers des charges

Mais quelle que soit la durée d’élevage, l’abattage est maîtrisé et des contrôleurs qualités veillent au strict respect des cahiers des charges (notamment, les précautions prises pour ne pas les stresser, l’étourdissement des volailles avant abattage.) Chaque lot est identifié par un numéro qui permet de remonter toute la chaîne de production, du couvoir jusqu’à votre assiette, et qui est inscrit sur l’étiquette poids/prix de la volaille : cela garantit une parfaite traçabilité. Tous les éleveurs sont par ailleurs accompagnés au quotidien par un conseiller d’élevage spécialisé en volailles, et un vétérinaire référent, agréé par l’état, qui visite régulièrement leurs installations et établit chaque année un bilan sanitaire de l’élevage.

Malgré les idées préconçues, la qualité est donc toujours au rendez-vous dans les élevages standard; et si on ne peut que se féliciter de la progression de l’élevage extensif en France – première en Europe et même dans le monde pour son nombre d’élevages fermiers (sous Label Rouge, exclusivement français, et label bio AB) – cela ne doit pas empêcher la co-existence avec l’élevage standard, qui préserve le large accès de tous à des sources de protéines animales saines, diversifiées et économiques.

*Sources chiffres ITAVI 2018, Ministère de l’Agriculture.