Élevage de poulets de chair : une pratique encadrée

Si la consommation mondiale de viande de volaille s’envole depuis quelques années, la production française de poulets destinés à la viande peine à s’inscrire pleinement dans cette conjoncture. Face à la concurrence internationale, les associations interprofessionnelles et les éleveurs croient à une récupération des parts de marché français, pour réduire le poids des importations. Et pour cela, ils parient sur une montée en qualité de la production de poulets de chair. Une manière de coller au plus près des attentes des consommateurs et de revaloriser l’élevage français.

Panorama de l’élevage de poulets de chair

Consommation et production

Les Français aiment le poulet. Ils en ont consommé, en moyenne en 2019, 21,4 kg par personne (Rapport CIDEF, 2019). Sur dix volailles consommées en France, sept sont des poulets. La consommation de viande de poulet a augmenté de 2,62 % en 2019, et les prévisions sur l’horizon 2026 parient sur une stabilité de ces taux de croissance.

Pourtant, la production de tonne-équivalent-carcasse (TEC) a légèrement reculé en 2019 par rapport à 2018. La France qui représentait, en 2016, 16 % de la production européenne de poulets derrière la Pologne et le Royaume-Uni (Rapport CIDEF, 2017), n’en représente plus que 11 % en 2018. La Bretagne et la région Pays de la Loire continuent, à elles seules, de concentrer en 2018, 57 % des têtes élevées (Rapport CIDEF, 2019).

Bâtiments d’élevage et exploitations

Le parc de bâtiments dédiés à l’élevage de poulets (standard et certifiés) est passé par une période de crise dans la décennie 2000 ; à l’époque, les nouvelles constructions ne compensaient pas les disparitions. Une récupération lente a eu lieu dans les années 2010, même si le ratio entre disparitions et constructions est de nouveau négatif en 2018. La surface moyenne des exploitations avicoles en France était de 2 420 m² en 2018. Si l’élevage de poulets reste intensif en France, il l’est toutefois moins que chez certains de ses voisins européens, comme l’Allemagne ou la Pologne, qui cumulent les exploitations de plus de 50 000 têtes par exploitations.

Comment élever des poulets de chair

La filière avicole se compose de plusieurs spécialités. Pour produire du poulet, la France compte sur 80 couvoirs, 300 entreprises de fabrication d’aliments, 14 000 élevages, 76 abattoirs, 400 entreprises de transformation. La filière volaille emploie environ 100 000 professionnels.

De l’œuf au poulet de chair

La sélection génétique de l’espèce Gallus a fait de grands progrès depuis la seconde moitié du XXe siècle. Elle est essentiellement américaine et obéit aux impératifs de l’élevage industriel : adapter les animaux aux conditions de l’élevage de masse. C’est la race Cornish qui est alors privilégiée, et les sélectionneurs en France importent la technologie d’outre-Atlantique. Le SYSAAF (Syndicat des sélectionneurs avicoles et aquacoles français) regroupe les principales entreprises de sélection génétique et a pour mission le suivi des améliorations zoogénétiques.

Une fois la souche génétique sélectionnée, les accouveurs ont pour mission de couver les œufs jusqu’à ce que les poussins soient livrés aux éleveurs. Les poussins destinés à la ponte sont séparés de ceux destinés à la chair. L’accouvage est une tâche qui nécessite un savoir-faire technique important, car les risques de pertes peuvent atteindre 18 %. L’incubation artificielle est de 21 jours pour le Gallus, à 37,7 °C. La dernière étape consiste dans le triage, le sexage (séparer les mâles des femelles) et la vaccination des poussins, avant de les envoyer chez les éleveurs.

Une phase délicate au démarrage et un suivi constant

Dès la première semaine en élevage, les animaux vont prendre jusqu’à cinq fois leur poids de départ. En aviculture, trois critères doivent être mis en œuvre pour assurer un bon démarrage du lot, étape particulièrement critique :

Assurer une ambiance et un environnement propice. Les poussins doivent être maintenus à température constante. La bonne alimentation des poussins à leur arrivée est essentielle pour le bon démarrage de l’élevage.

Adopter les « 3 S » de la litière : saine, sèche et souple.

La gestion de l’alimentation doit être précautionneuse pour assurer un bon démarrage de l’élevage.

Pendant la période de croissance, les éleveurs vont adopter une stratégie alimentaire adéquate, facilitée par l’intégration. L’éleveur dispose en effet de l’alimentation nécessaire à portée de main. La surveillance des lots est primordiale dans cette étape. L’éleveur mobilise son savoir-faire pour repérer les conditions sanitaires et les performances des animaux. Tout l’enjeu est de minimiser les pertes. Le maintien de bonnes conditions d’élevage assure la rentabilité de l’élevage. C’est pourquoi les éleveurs ont tout intérêt à adopter de bonnes pratiques.

Les élevages de poulets de chair : encadrer la praxis

Face à une préoccupation toujours croissante des consommateurs quant à la qualité de la viande qu’ils consomment et quant à la prise en compte du bien-être animal, de nombreux acteurs de l’aviculture sont résolus à mettre en œuvre une série de recommandations pour améliorer les conditions d’élevage en France.

Réglementation française, réglementation européenne

En 2007, la Commission européenne adopte la directive 2007/43/CE pour encadrer l’élevage des poulets de chair. Elle ne s’applique que pour les élevages de plus de 500 animaux, laissant de côté les exploitations plus restreintes, en extérieur ou biologiques, sujettes elles-mêmes à des exigences plus strictes. L’annexe 1 de cette directive liste les soins à obligatoirement mettre en place dans les élevages. L’annexe 2 concerne les élevages à plus forte densité (supérieure à 33 kg de chair à vif). Cette directive est transposée en droit français en 2010. L’arrêté du 28 juin 2010 ajoute plusieurs annexes pour la mise en œuvre des contrôles ou encore de la formation des professionnels. Cette réglementation concerne plus de 60 % des élevages français. En effet, en 2016, selon les chiffres du ministère de l’Agriculture, 60 % des poulets étaient élevés en conditions standard, 16 % en Label Rouge, 8 % avec une certification de conformité de produits (CCP), 1 % en agriculture biologique et 15 % destinés au grand export. 20 % des animaux, élevés en plein air (contre 5 % pour l’ensemble de l’Europe), ne sont pas concernés par cette régulation. L’arrêté engage aussi le gouvernement français à élaborer des guides de bonnes pratiques en élevage, dans le but d’orienter les éleveurs.

Adopter les bonnes pratiques

En 2017, le gouvernement affiche la volonté d’augmenter la qualité de la filière française. Le Plan de filière volaille de chair fait un état de la situation et fixe les objectifs à l’horizon 2025. Mais pour cela, les grands acteurs du secteur doivent s’impliquer. Les organisations interprofessionnelles multiplient les recommandations destinées aux éleveurs pour le respect du bien-être animal, de l’environnement (charte technique volaille de chair) ou encore des conditions de travail dans les élevages. En outre, les grands groupes intégrés poussent leurs éleveurs sous contrat à s’engager dans des démarches référencées. C’est le cas pour le Groupe LDC qui lance la démarche Nature d’Éleveurs.

Une perspective qualitative de l’élevage qui semble remporter un succès croissant : en 2018, 87 % des élevages étaient conformes aux chartes des organisations interprofessionnelles.