Devenir éleveur de poulets de plein air

L’élevage de poulets en plein air connaît un succès croissant auprès des Français. Les habitants de notre pays sont de plus en plus préoccupés de ce qu’il y a dans leur assiette, de la qualité nutritionnelle des aliments qui s’y trouvent et des conditions environnementales de leur production. C’est une tendance lourde dans la société actuelle, ils veulent que ce qu’ils mangent ait été produit sainement, dans un respect grandissant du bien-être animal. Dans le film « Roxane » sorti en 2019 avec Guillaume de Tonquédec, le personnage principal de l’histoire, Raymond, joué par Guillaume de Tonquédec, est un éleveur de poulets de plein air, passionné de littérature, qui déclame du Cyrano de Bergerac à ses volailles. Pour un jeune agriculteur, pour une personne qui veut réorienter sa vie professionnelle, s’installer comme éleveur de poulets de chair en plein air est un « cap » que tous ceux qui sont passionnés par un métier en rapport avec la nature peuvent se fixer.

Le marché de l’élevage du poulet en plein air

La France est désormais, depuis le Brexit du Royaume-Uni qui occupait cette place, le deuxième pays de l’Union européenne en matière d’élevage de poulets, avec une production de 1 732 tonnes de viande de poulet, soit 750 à 800 millions de poulets élevés par an. Le premier pays producteur est la Pologne, avec 17 % du marché. Ce secteur agricole connaît une expansion continue.

De 2000 à 2019, la consommation de poulets en France a doublé, passant de 11 à 22 kg par habitant. Le Français mange en moyenne de la volaille deux fois par semaine, soit un total de 27,8 kg par habitant. La consommation des autres viandes tend à se rétracter, celle du poulet continue d’augmenter à un rythme de plus de 2 % par an. Si les poulets de chair ne sont pas élevés en batterie, 83 % d’entre eux passent leur vie dans des poulaillers clos, avec une densité qui varie de 18 à 25 poulets au m², dans des bâtiments dont la taille n’est pas limitée et peut aller jusqu’à 2 000 m² de superficie. À noter que les éleveurs partenaires de Maître CoQ appliquent et respectent un cahier des charges plus exigeant pour se situer en deçà de ces seuils moyens.

Ce type d’élevage semble être de moins en moins apprécié par les consommateurs. Il perd du terrain au profit d’élevages plus traditionnels, en plein air. Actuellement en France, l’élevage plein air des poulets représente 17 % de la production, 16 % avec le cahier des charges Label Rouge et 1 % en bio. Ces pourcentages sont en augmentation. En 2019, 51 % des poulets « PAC » (Prêt À Cuire ») que les Français ont achetés étaient issus d’un élevage « Label Rouge ». Les poulets bio représentent 12 % des ventes, 14 % pour les poulets certifiés (élevés en poulailler sans accès au plein air) et 23 % pour les poulets « standards », c’est-à-dire avec les méthodes d’élevage les plus intensives.

Le poulet élevé en plein air plaît également à l’exportation qui prend 5 % de la production en 2019. Il est à noter que les exportations de Label Rouge ont progressé de 33 % depuis 2017 sur les marchés allemand, belge, néerlandais et suédois, ciblés par une campagne de promotion par le syndicat de la profession, le Synalaf.

S’installer en éleveur de poulets en plein air

Le poulet doit être issu d’une race dite rustique, à croissance lente et adaptée aux conditions de vie d’un élevage en plein air. Dans le cadre d’un élevage « Label Rouge », le poussin doit être livré 36 heures au maximum après son éclosion. Pour l’élevage bio, il doit être issu d’un couvoir agréé bio. Les exigences et le respect du cahier des charges quant à l’aménagement des couvoirs valent également pour l’appellation « Label Rouge ».

Le poulailler

Contrairement à l’élevage dit « intensif », la taille du poulailler est réglementée. Elle ne doit pas excéder 400 m², 480 m² pour l’élevage bio. Cela équivaut à environ 4 800 poulets au maximum par bâtiment, soit une densité moyenne de 10 volailles par mètre carré. La densité de volailles au m² est nettement moindre qu’en intensif. Elle est de 11 poulets au m² et passe à 10 poulets maximum dans le cadre d’un élevage « bio ».

Le bâtiment en lui-même doit respecter certaines caractéristiques. Il doit avoir un nombre suffisant d’accès au parcours et d’ouvertures. Celles-ci doivent permettre en plus un éclairage naturel de l’espace. Il doit être positionné pour favoriser la sortie des volatiles grâce à son orientation par rapport aux éléments (vent, pluie) et son exposition au soleil. Pour le Label Rouge, les trappes doivent être ouvertes à 9h00 au plus tard et le rester jusqu’au crépuscule.

Le poulailler doit pouvoir être hermétiquement fermé. Et il doit être au calme, éloigné de sources de nuisances sonores. Aucun animal étranger ne doit pouvoir y entrer. Dans un élevage au sol, la litière du poulailler doit être végétale et régulièrement changée dans un souci de confort et de salubrité des volailles. La qualité de la litière a une influence directe sur le bien-être des poulets et donc sur leur croissance et leur santé. Entre deux livraisons de bandes de poulets, les bâtiments doivent être lavés, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Le protocole à suivre est strict. Il faut enlever les restes de nourriture, la litière, brosser et racler sols et murs, les désinfecter. Cette dernière phase s’accompagne d’un nettoyage en profondeur des lieux, notamment à travers les étapes de trempage, de décapage et de vide sanitaire. Par la suite, il faut laisser les bâtiments clos pendant 24 ou 48h, et ensuite aérer les bâtiments vides pendant plusieurs jours avant la réception des poulets suivants. La réception des poussins est aussi un moment crucial. Il faut les déposer soigneusement sur le sol, prendre garde à la chaleur du bâtiment.

La température du bâtiment doit être contrôlée. Elle passe de 32 °C pour la première semaine de vie des poussins et décroît ensuite régulièrement avec la croissance des volatiles, pour se terminer à 18 ou 20 °C les dernières semaines. Une chaleur excessive peut être une cause de surmortalité des poulets dans les élevages. L’aération des bâtiments a dès lors une importance cruciale. Elle permet de garder les animaux en bonne santé en leur donnant une bonne oxygénation. Elle favorise l’évacuation de l’air pollué potentiellement porteur de germes, elle élimine les poussières, microbes en suspension.

Toutes ces mesures et réglementations ont un seul objectif : garantir le bien-être animal. Les éleveurs de poulets de chair sont par ailleurs encouragés à suivre une formation réglementaire dans ce domaine. Tous se doivent de maîtriser les conditions d’élevage des poulets de chair énumérées ci-dessus.

Plein air ou liberté ?

Dans les deux cas, cela signifie que le poulet sort de son poulailler. Pour le plein air, il dispose d’un espace clôturé suffisamment grand pour qu’il y ait une densité de 2 m² par individu pour le cahier des charges du Label Rouge et de 4 m² pour un élevage bio.

Liberté veut dire que l’espace où les poulets peuvent aller est illimité. Pourquoi les arbres sont-ils importants ? Le poulet européen descend de la poule rouge (Gallus gallus) qui niche dans la jungle de l’Asie du Sud-Est. Le poulet sauvage vit dans la jungle et les sous-bois qui constituent à la fois sa source de nourriture et un espace de protection contre les différents prédateurs : contre les rapaces en lui proposant un couvert pour se cacher et contre les prédateurs terrestres (renard, etc.) en lui permettant de se percher dans le cas d’un danger.

Dans le cadre d’un élevage en plein air, le parcours proposé aux volailles doit comporter des espaces arborés pour permettre aux poulets de vivre selon leurs instincts. Le cahier des charges de l’élevage de type « Label Rouge » stipule ainsi un nombre de 20 arbres ou arbustes au minimum.

L’alimentation des poulets de plein air

Le poussin est nourri de farine ou de miettes, lors de la phase de croissance et celle de la finition, le volatile est nourri de granulés. Dans le cahier des charges Label Rouge, l’alimentation est à 100 % végétale, avec un minimum de 75 % de céréales. Celui-ci monte jusqu’à 95 % de matières premières agricoles issues de cultures biologiques, pour l’élevage bio.

Dans le cadre de poulets ayant la certification AOP (Appellation d’Origine Protégée), comme le poulet de Bresse, un régime alimentaire spécifique est mis en place au moment de la finition du poulet pour lui donner une saveur particulière. L’eau doit être disponible et fréquemment changée. Des abreuvoirs et des mangeoires sont ainsi mis à disposition des volailles en quantité suffisante et en accès libre.

La santé

Les antibiotiques ne sont pas automatiques. Ils sont utilisés uniquement en usage curatif, sur prescription du vétérinaire qui suit l’élevage. En cas de maladie, l’éleveur doit attendre, avec un délai suffisant, que le médicament ait disparu du corps avant de commercialiser l’animal.

L’usage des hormones de croissance est banni des élevages depuis plus de 50 ans et celui des farines d’origine animale l’est depuis 2000. Un programme de vaccination est prévu aux différents stades de l’animal, du 3e au 21e jour. Ces vaccins visent à le protéger de maladies comme la bronchite infectieuse (3e jour) ou le Gumboro. Il s’agit d’une maladie virale contagieuse qui touche tous les volatiles. Elle se manifeste par des diarrhées, des trachées hémorragiques. Cette maladie n’a pour l’instant aucun médicament pour la soigner, seul le vaccin, aux 7e et 14e jours, peut en prémunir les poulets. Les conditions d’hygiène des poulets et des élevages sont régulièrement et systématiquement contrôlées. Au quotidien, éleveurs et techniciens d’élevage veillent à la surveillance du comportement des animaux pour détecter de façon précoce tout signe d’anomalie.